DG/98/28
Original: français/anglais/espagnol

ORGANISATION DES NATIONS UNIES
POUR L’EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE
(UNESCO)

Discours de
M. Federico Mayor

Directeur général de
l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
(UNESCO)

à l’ouverture de la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur

UNESCO, le 5 octobre 1998



[Le Directeur général commence son discours en français]


Monsieur le Premier Ministre,
Altesse,
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

      C’est une grande joie pour moi de vous accueillir ici en cette occasion, si importante pour nous tous à plus d’un titre. Nous sommes réunis pour faire avancer une cause qui nous tient d’autant plus à coeur qu’elle oriente le destin de notre jeunesse, et, donc, de notre avenir. Vous représentez, pour la première fois à l’échelle mondiale, l’enseignement supérieur à travers toutes ses parties prenantes et cette conférence s’ouvre - heureuse coïncidence - le jour où est célébrée dans le monde entier la Journée mondiale des enseignants. J’ai plaisir à saluer aussi les représentants des syndicats d’enseignants, organisations d’étudiants, sociétés et instituts de recherche, organisations internationales, banques de développement, organisations non gouvernementales et autres groupements et associations qui ont répondu positivement à notre invitation. Soyez tous les bienvenus ici, dans votre Maison.

      Cette Conférence mondiale - vous le savez - constitue l’aboutissement d’un processus que nous avons voulu le plus rationnel, le plus méthodique et le plus exhaustif possible. Pays par pays, région par région, l’UNESCO a cherché à cerner les difficultés et les objectifs de chaque continent en matière d’enseignement supérieur. Cinq conférences régionales préparatoires ont précédé cette conférence mondiale: à La Havane en novembre 1996, à Dakar en avril 1997, à Tokyo en juillet 1997, à Palerme en septembre 1997, et à Beyrouth en mars 1998. Dans chaque cas, un document clair résume, le plus souvent sous la forme d’une déclaration et d’un plan d’action, les principes et les lignes d’action qui se sont dégagés des débats. Le Secrétariat a ensuite attentivement étudié l’ensemble des documents et en a établi la synthèse.


Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs,
      Nous sommes donc d’ores et déjà en présence d’une riche moisson, d’un trésor. Quel était le titre du rapport à l’UNESCO de la Commission internationale sur l’éducation pour le vingt et unième siècle, dit «rapport Delors» ? C’était: L’éducation, «un trésor est caché dedans». Cette citation d’une fable de La Fontaine («Le laboureur et ses enfants») est fort appropriée. Dans une autre fable («L’avare qui a perdu son trésor»), le même La Fontaine montre l’absurdité de conserver inemployée, enfouie dans la terre, une richesse, qui est source virtuelle de félicités. «L’usage seulement fait la possession», conclut le moraliste.

      Gardons-nous donc d’imiter l’avare en conservant pieusement, mais vainement, le fruit de nos enquêtes, analyses, déclarations, rapports et plans d’action. Ce n’est pas de documents que notre jeunesse a besoin. Il convient, si nous voulons donner son sens plein à notre titre de «responsables», que nous fassions de l’aboutissement du processus que je viens d’évoquer un point de départ, que nous engrangions cette récolte uniquement afin de mieux l’exploiter, comme nourriture et comme semence.

      Un premier constat s’impose: jamais auparavant l’enseignement supérieur n’a revêtu une telle importance, qu’il s’agisse de l’expansion de ses effectifs, de celle des ressources qui y sont consacrées ou de celle du rôle qu’il joue dans la société, devenue à l’échelle mondiale une société de la connaissance. Le débat et la réflexion menés à l’occasion des conférences régionales ont fait apparaître un large consensus, d’une part, sur la nécessité de changer en profondeur l’enseignement supérieur et, d’autre part, sur le fait que ce changement doit être guidé par une vision d’ensemble de la société future. Pour la première fois, en effet, l’enseignement supérieur doit faire face à des mutations radicales, rapides et sans doute irréversibles, tout en demeurant investi de ses missions d’éducation et de formation intellectuelles et morales traditionnelles. Revoir les structures, assurer la diffusion des nouvelles technologies, rénover les aspects institutionnels: tous ces chantiers, et d’autres, doivent être ouverts et progresser de front. Mais de quoi parlons-nous au fond ? Quelle est notre préoccupation essentielle, qui traverse toutes les réformes, faites et à faire ? Former les citoyens du monde de demain, des citoyens autonomes, critiques, polyvalents, créatifs, capables, en un mot, de relever les multiples défis que le XXIème siècle ne manquera pas de leur lancer. Nous doter, tous, des moyens de former de tels citoyens: voilà l’enjeu de cette conférence.


[The Director-General continues in English]

Prime Minister,
Your Royal Highness,
Ladies and Gentlemen,
      As we begin this world conference, after two years’ consultations, it is clear that we need a new departure. If the higher education sector is to prepare citizens for tomorrow’s changing world, it has to become a permanent space of higher learning throughout life, for all. The escalating demand for higher education implies not only more but different learning opportunities. It is not enough to continue expanding provision within traditional frameworks. It is not enough to adapt and improve this or that aspect of our academic institutions. What is needed is a radical transformation of the higher education landscape and it is clear why this is needed: the demand for advanced learning that we are witnessing all over the world today has profound implications for the relationship between higher education and society.

      Never before in human history have communities everywhere, and millions upon millions of individuals everywhere, attached such importance and value to education. We realise we need a «learning world» to match the «information society» in order to transform information into knowledge. People are crying out for a truly learning world, one where each and every person has the opportunity to fulfill his or her potential, not just a once-only chance, but a permanent, life-long chance, an opportunity which is there to be seized even if the would-be student has suffered social exclusion, even if the would-be learner previously missed one or several openings. No-one - and I mean, quite literally, not one single person - should feel they are sentenced to lifelong exile from the world of learning. It is a matter of human dignity. It is in fact a matter of real democracy.

      In 1945, the authors of UNESCO’s Constitution wrote: a great and terrible war was made possible by the denial of the democratic principles of the dignity, equality and mutual respect of all human beings. Today, we have to wage - and win - a crucial struggle to ensure that there is no denial of those same principles of dignity, equality and mutual respect in the field of higher education. This means that the centres of higher education, the universities will have to become universal in an entirely new way. Our information society will have to undergo a knowledge revolution which places the power of knowledge firmly in the hands of the people : making them citizens who think for themselves, who decide for themselves, who see different cultures and different approaches as a welcome opportunity for a meeting of minds, not as a threat.

      The higher education sector of the twenty-first century will be one which prepares citizens to make the best possible use of their freedom. Freedom will, I believe, be the hallmark of the coming century. I do not mean the «free for all» or «freedom trap» into which we have so often fallen this century : freedom equated with the pursuit of material gain and personal satisfaction, without any responsibility towards society, towards the environment or towards the future world our children will live in.

      What I am talking about is the coming of age of a genuine democracy, and democracy can come of age only with the help of higher education. This is the challenge we face as we enter the next Millennium. This is why we are here, today, at a World Conference on Higher Education. It is why we need a knowledge revolution, without which the so-called «digital revolution» of new information technology can only entrench inequality, injustice and exclusion.

      Such a far-reaching process of transformation cannot be undertaken by academia and government departments alone. No! It requires the participation of all the stakeholders. New partners must enter the mainstream of higher education, not as figures in the landscape but as shapers of the landscape. Many of those partners are represented here today: from student unions to regional development banks, from NGOs to chambers of commerce, from women’s associations to inter-governmental organisations. All these partners will begin to build a new momentum here in Paris this week, and they will then - I am sure - reach out and bring many more partners into this process.


[El Director-General termina en Español]

Señor Primer Ministro,
Su Alteza Real,
Señoras y señores Ministros,
Señoras y señores:
      La Declaración Mundial sobre la Educación Superior en el Siglo XXI y el Marco de Acción prioritaria para el Cambio y el Desarrollo de la Educación Superior, resumen el trabajo que las personas e instituciones vinculadas a este sector de la enseñanza han llevado a cabo en los últimos seis años. Las reuniones preparatorias de ámbito nacional, luego subregional y por último regional, recogieron las ideas y propuestas de cuantos participaron en esta consulta: funcionarios gubernamentales, parlamentarios, miembros de ONG, empresarios, profesores y personal docente de universidades e institutos de tercer ciclo.

      Con posterioridad a las reuniones regionales, la UNESCO preparó una versión preliminar de ambos documentos, que se sometió a la consideración de los Estados Miembros, las OIG y las ONG. Dichos textos resumían los puntos de convergencia sobre el tema y las propuestas de acción que los protagonistas habían formulado a lo largo del proceso.

      De modo que tanto la Declaración Mundial como el Marco de Acción recogen los elementos fundamentales del análisis que ustedes mismos han realizado y esbozan las soluciones que ustedes han estimado como más adecuadas, a fin de hacer frente a los retos educativos que ya se perfilan para el nuevo siglo. Espero que esta Conferencia apruebe ambos documentos por consenso, unánimemente y que luego podamos enfrascarnos en la tarea de ponerlos en práctica. Para hacerlo, tendremos que recabar, una vez más, la cooperación de todos los sectores de la sociedad. Pero, sobre todo, será menester suscitar la voluntad política, que es esencial para la eficacia de toda reunión, de toda recomendación; voluntad política de incorporar estas recomendaciones, estos principios en las legislaciones nacionales. Este cometido corresponde, en lo esencial, a los gobiernos y a los parlamentos elegidos por el pueblo, pero exige también el respaldo activo de los demás interlocutores sociales: universidades, sindicatos, ONG, medios de comunicación y agrupaciones de voluntarios interesados en el porvenir de la educación.

      Al adoptar los principios y las iniciativas que aquí se aprueben, los gobiernos del mundo honrarán los valores explícitos en la Constitución de la UNESCO y en la Declaración Universal de Derechos Humanos, cuyo quincuagésimo aniversario conmemoramos este año. Sólo así, esta reunión llegará a ser el germen de las profundas transformaciones que son imprescindibles en este simbólico fin de siglo y de milenio; transformaciones indispensables si queremos de veras ofrecer a las generaciones futuras un mundo más justo, más pacífico y más luminoso. Me gusta repetir que es cierto, que hay muchas semillas que no fructifican, pero sólo hay una que seguro que nunca va a fructificar, que nunca va a dar fruto: es la semilla que no se ha plantado. Yo quisiera que esta conferencia tuviera la lucidez, la clarividencia y el valor de plantar las semillas para una mejor educación en el siglo XXI.
Señoras y señores:

      Educación por todos, educación para todos y a lo largo de toda la vida, ha sido la divisa de la UNESCO, desde la Conferencia de Jomtien, en Tailandia, en 1991. Porque, como nos recuerda el artículo 26.1 de la Declaración Universal de Derechos Humanos, -que antes citó el Presidente del Consejo Ejecutivo-« todos tendrán acceso a la enseñanza superior, en función de sus méritos». La Universidad debe hacer realidad este ideal de la democratización efectiva de la enseñanza y el conocimiento, y debe ser también una atalaya, una torre de vigía atenta al porvenir, capaz de anticiparse a las tendencias negativas y ofrecer soluciones y elementos de rigor científico para la adopción, por parte de los poderes públicos, de las medidas pertinentes.

      Sólo si logramos que cumplan estos cometidos, dejarán nuestras sociedades de invertir en las amenazas del pasado, y lograrán hacer frente a los retos de hoy en día; sólo así habrá menos gasto en la defensa de las fronteras y los territorios, y tendremos más recursos para defender la dignidad de cada ser humano; sólo así erradicaremos la explotación sexual y el abandono que padecen estos llamados «niños de la calle», -esa auténtica vergüenza colectiva que toleramos actualmente. Sólo con medidas políticas.

      Simón Bolívar afirmó que «la educación es la clave de la libertad». En ausencia de un desarrollo educativo adecuado, la participación ciudadana en la toma de decisiones resulta simbólica o inexistente. Sólo la educación permite cultivar esa «soberanía personal», que es garantía de una auténtica participación democrática. Sólo si logramos hacer realidad el ideal de «educación para todos, a lo largo de toda la vida», realizaremos con éxito la gran transición de la cultura de la fuerza, de la imposición, de la cultura de guerra y de violencia en la que estamos viviendo, a la cultura de diálogo, de tolerancia y no violencia que propugnamos para el nuevo siglo, esa cultura de paz, que es la razón de ser de la UNESCO y todo el sistema de las Naciones Unidas.

      Muchas gracias por su atención.


Ubicación: http://www.rau.edu.uy/rau/docs/paris2.htm
Tomado de la páginas Oficiales de Unesco: http://unesdoc.unesco.org/........
en fecha mayo de 1999.
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